Belle-Île-en-Mer la Bien-Nommée

Alors, que vous dire de Belle-Île-en-Mer, à vous tous qui cherchez une destination exotique pour une escapade amoureuse ?

In love with Belle-Île-en-Mer

A Belle-Île-en-Mer, vous trouverez des palmiers et des plages de sable fin. Mais aussi des rochers aiguisés et déchiquetés et des vagues furieuses. Des petits ports paisibles, des chemins fleuris et parfumés, des biscuits bretons et des conserveries de poisson. Des prés remplis de Prim’Holstein et de Normandes placides, des pis desquelles coulent à flots le beurre salé et le caramel. Des goélands qui planent sur les flots mais ne dédaignent pas picorer dans les prés (contrairement aux vaches, qui ne pêchent pas sur les vagues).

Nous sommes arrivés sous un soleil resplendissant, la preuve en image ; et repartis de même, non sans avoir été vivifiés entre temps par une pluie tonifiante (je n’ai pas fait de photo de la pluie tonifiante, tout le monde voit ce que je veux dire).

Arrivés à l’hôtel, nous avons loué des vélos afin de parcourir l’île dans tous les sens ; Peu adeptes du masochisme en couple, nous avons avec prudence choisi des vélos électriques. Ce fut une bonne idée. Car à Belle-Île, que l’on aille au Nord, au Sud, à l’Est ou à l’Ouest, on a toujours le vent de face.

Et nous partîmes à l’aventure.

Se promener à Belle-Île, c’est suivre des fossés remplis des grandes ombrelles blanches des carottes sauvages, de marguerites oscillantes, de boutons d’or ; l’air était parfumé d’effluves de pins et d’aubépines. Les fougères aigles déroulaient leurs crosses rousses et les asphodèles mêlaient leurs épis d’étoiles blanches aux fleurs jaune vif des ajoncs. Belle-Île ressemble à une page de Marcel Proust délicatement mise en image par Hiroshige. On y retrouve la tendresse des paysages normands, alliée à de grands pins courbés par le vent, et des fleurs à la fragile douceur d’estampe japonaise.

asphodeles
Asphodèles et ajoncs en fleurs à Locmaria

Nous avons également croisé un nombre tout à fait époustouflant de faisans. Pour les parisiens, le faisan est à l’état sauvage un oiseau à tête noire et rouge, qui ressemble à une poule mais en plus classe, et à l’état domestique, cuisiné en cocotte avec des champignons et du vin blanc. Sans être marseillaise, j’ai en quatre jours croisé plus de faisans que durant les quarante années de ma vie écoulées, et celle de tous mes lecteurs réunis. Le faisan est à Belle-Île ce que la souris est au métro ou le pigeon au trottoir. Je n’ai malheureusement pas de photo pour vous apporter une preuve de mes dires, car le faisan est pudique: dès que je m’arrêtais pour immortaliser une de ces charmantes bestioles, elle se cachait en s’aplatissant au sol.

Sauzon

Nous avons découvert Sauzon, un charmant port de pêche (autrefois), de plaisance (aujourd’hui), dominé par un petit phare vert aux dimensions de poupées et aux adorables maisons couleur bonbon. Nous nous sommes imprégnés de cette vue idyllique en nous attablant pour déguster une petite galette de blé noir à l’andouille, suivie d’une petite crêpe beurre-sucre pour finir sur une note légère, le tout accompagné d’une bolinette de cidre rosé.

A Belle-Île-en-Mer, une foultitude de génies illustres, de Sarah Bernhardt à Claude Monet nous ont précédés. Nous avons solennellement mis nos pas dans leur pas, et senti quelques parcelles de leur génie infuser dans nos plantes de pieds. Monet posa ses chevalets et ses palettes à Port-Coton, et réalisa plusieurs toiles de différents points de vue. Pour ma part, rechignant à trimbaler sur mon dos mes pots de térébenthine et mes tubes de couleurs, j’ai préféré me contenter de mon Huawei, nettement moins encombrant. Pour un résultat, somme toute, satisfaisant. N’est-il pas ?

Le Palais

Au Palais, le port principal de Belle-Île, nous avons visité la citadelle Vauban, une bâtisse impressionnante qui a été des siècles durant un enjeu considérable entre nous et nos ennemis voisins anglais. La position de l’île en a d’ailleurs fait une base stratégique pour les Allemands durant la deuxième guerre mondiale, comme en témoignent les nombreux bunkers (presque aussi nombreux que les faisans). Si les bunkers restent d’un confort spartiate, la Citadelle Vauban a quant à elle été aménagée en hôtellerie. Suite au traité de 1763 entre Français et Anglais (attention, ça commence à être du haut niveau), la France échangea ses possessions canadiennes et Minorque contre la restitution de Belle-Île-en-Mer, occupée depuis deux ans par les Anglais. Les Acadiens (Ne faites pas semblant de savoir, je sais très bien que comme moi avant la visite de l’expo, vous ne savez pas ce qu’est un Acadien : un habitant d’une province du Canada), catholiques et fidèles au Roi de France, furent expulsés et, après moultes péripéties, débarquèrent en nombre à Belle-Île, dans le port du Palais, où ils ne furent pas très bien accueillis, preuve que l’histoire est un perpétuel recommencement. Néanmoins ils firent souche, contribuèrent à la reconstruction de Belle-Île dévastée par les Brittons, et on estime qu’aujourd’hui un tiers des habitants de Belle-Île a des origines acadiennes. L’histoire des Acadiens de Belle-Île est racontée de manière très intéressante ici. Lisez la, vous vous sentirez plus intelligents. Cela peut faire son petit effet lors d’un dîner.

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Le port de Palais, vu du pied de la Citadelle Vauban.

Je papote, je papote, mais l’heure tourne. Je n’en ai pas fini avec nos aventures belliloises. Mais il est l’heure de vaquer à mon devoir conjugal : le scrabble.

Edit du 30/05/2018 : Merci à l’office de Tourisme de Belle-Île-en-Mer qui a gentiment relayé cet article sur sa page Facebook.

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16 commentaires sur “Belle-Île-en-Mer la Bien-Nommée

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  1. Aaaaaah, je suis ravie de voir que l’une des mes lectrices vient désormais commenter ton illustre blog! Je n’ai entendu dire que du bien de cette superbe île. Entendu, car je n’y ai jamais mis les pieds. Après une malencontreuse expérience en Bretagne (15 jours de pluie et 10 degrés et plein juillet), je tenterai d’y aller quand une canicule sera programmée. J’aime beaucoup tes descriptions, poétiques sans oublier ta pointe d’humour habituelle 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Tes descriptions me laissent comme certains candidats aux élections : sans voix.

    Je connaissais l’histoire de la déportation des Acadiens, ( https://www.youtube.com/watch?v=J4QtS_n49GU ) mais j’ignorais qu’ils avaient re-migré vers la Bretagne.

    Je ne manquerai pas de dire à mes collègues basques que la citadelle de Bayonne est l’ancêtre des Legos. Je sens qu’ils vont aimer.

    Question culture : Sais-tu pourquoi Monet a peint plusieurs toiles des mêmes endroits ? Tout simplement parce que la lumière et les couleurs changeant tout le temps, il commençait plusieurs toiles en même temps et passait de l’une à l’autre au fil de la journée. Passionnant, non ?

    Aimé par 1 personne

    1. Ah mais toi tu es un homme cultivé qui dissimule ses connaissances, alors que moi je ne sais pas grand chose, mais je l’étale soigneusement. La preuve avec Claude : je pensais juste qu’il exploitait le filon à fond, comme Georges Lucas avec ses films, Tshirts, mugs, porte-clés et déguisement Star Wars, mais non, pas du tout : tu as saisi la subtilité de sa démarche artistique et tu m’apprends qu’il était vraiment un grand artiste. Merci mon Marcounet.

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