La nageuse de la ligne 8

Le grand bassin bleu m’attend.

Une fois par semaine, je me jette à l’eau.

Le déclic eut pour point de départ l’angoisse de la quarantaine (Oui, bon, ça va hein. Soit vous y êtes déjà passés, soit vous allez y passer donc ne faites pas les marioles). Me réveillant un matin, froissée, le dos en vrac, sous un éclairage peu flatteur, je poussais un hurlement strident et me lançais illico à la recherche d’un sport :

1/ Facile pour les nulles,

2/ Peu coûteux,

3/ Rapidement efficace et raffermissant.

Après avoir enclenché le bandit manchot de Google, DING-DING-DING : ce fut la nage palmée qui sortit. La natation, moi qui aime autant nager que manger des tripes froides au petit déjeuner.

Mais, nonobstant les dégâts inéluctables du temps, je me résolus à me laisser couler au fond de la piscine, dans mon p’tit pull marine, et munie de mes palmes, de mes lunettes de grenouille, de mon bonnet de spermatozoïde et de mon maillot une pièce spécial multipares aux abdos en vrac, c’est d’un pas résolu que je me dirigeais vers le bassin le plus proche et me jetais courageusement à l’eau *AH LA VACHE QU’ELLE EST FROIDE, BRRRRROU*

Je suis une adepte de la ligne 8. Non, pas Balard-Créteil, mais la ligne 8 à droite du bassin : elle ne fait que 25 m. Et quand on est propriétaire de muscles à la consistance d’un flan, mieux vaut ne pas commencer trop fort. Dans la ligne 1 pataugent les vieilles dames et les petits enfants qui ne savent pas nager, dans les lignes 2, 3, 4, 5, 6, 7, les débutants incertains, les nageurs opiniâtres, les sportifs acharnés, les jeunes filles qui anticipent les ravages de l’âge, les retraités musclés, et les working-mums  qui en veulent.

Et dans la ligne 8, moi et quelques autres, presque toujours les mêmes.

La piscine, telle une petite mare, contient des espèces caractéristiques. Je croise souvent des mamies hargneuses qui, en dos crawlé, m’assomment à grands coups de bras dans la tronche,  et me crachent d’un air rageur : « Mais vous ne pouvez pas faire attention ! » En bout de ligne, se trouvent les nageurs immobiles. Tels des hérons, il pivotent du col, et parfois, s’immergent sous l’eau pour, sans doute, contempler avec gourmandise les cuisses des grenouilles. Des athlètes des bassins à l’impeccable musculature de statue, moulés dans de tout petits slips multicolores extrêmement seyants, nagent le papillon, tandis que certains, moins doués, nagent plutôt la chenille. Deux copines chinoises, arrivées avant moi, parties toujours après, passent leur temps à papoter en agitant doucement leurs pieds, accrochées à l’échelle. Un peu plus haut, assis dans les gradins, les maîtres nageurs discutaillent avec animation en regardant partout, sauf dans l’eau.

Après quelques longueurs de brasse coulée, histoire de réveiller la puissance de ma musculature aussi profondément endormie que la belle au bois dormant, j’attaque les hostilités avec ma cellulite. Au début, au tout début, j’eu le sentiment de remorquer un 15 tonnes. Accrochée à ma planche, je soufflais comme un phoque asthmatique et tentais d’atteindre la ligne d’arrivée, qui comme celle de l’horizon me semblait reculer sans cesse. Et là, alors que je toussais et soufflais, que mes yeux agonisants se levaient suppliants vers le ciel immense et cruel, que j’imaginais mon mari veuf éploré, et mes enfants sanglotant et trempant force mouchoirs sur ma tombe fraîchement creusée,

Titanic GIF-downsized_large

Cette phrase soudainement apparut :

SOYEZ LE CHANGEMENQUE VOUS VOULEZ VOIR DANS LE MONDE

Vous vous dites : mais cette fille est complètement fracassée, l’anoxie subie pendant qu’elle a bu la tasse lui a bouffé le lobe temporal. Mais non, pas du tout ! Cette magnifique devise, dont vous aurez tout de suite reconnu l’auteur : un petit indien vêtu de blanc, chauve et à lunettes, je suis, je suis, je suis ? Non, pas Nagawika ! Je suis Gandhi, bravo, cette sentence, donc, est peinte sur une grande toile fixée au bout de la ligne 8 (toujours de la piscine, pour ceux qui suivent encore).

Contemplant cette phrase de mes yeux rougis de chlore, et cherchant à en percer le sens, je nageotais et sans m’en rendre compte, atteignis la ligne d’arrivée. VICTOIRE ! La force hypnotique de cette citation m’avait redonné du cœur à l’ouvrage. En pleine méditation sur son contenu et sa signification, je repartis dans l’autre sens, agitant mes palmes au rythme de mes pensées, lentement donc car je ne peux oxygéner à la fois mon cœur, mes jambes et mon cerveau, il ne faut pas exagérer.

Parvenus à ce stade, vous n’avez sûrement pas envie de vous mettre à la nage palmée. Et pourtant ! Gandhi m’ayant sauvée d’une fin tragique à la Leonardo, j’ai pu trouver LA solution, LA parade pour ne pas décéder d’une crise cardiaque lors d’une séance de palmes. Et je vais vous donner GRATUITEMENT cette astuce phénoménale. On s’accroche au bord de la piscine, et les jambes bien tendues comme si on était une danseuse étoile, on fait des battements des 2 jambes en même temps. 100 accrochée sur le ventre, 100 accrochée sur le dos, 100 accrochée de chaque côté. Le tout est torché en 5 minutes. Histoire de ne pas vous ennuyer, vous pouvez faire une série « petits battements rapides », une série « grands battements amples et lents », le tout étant de toujours garder les jambes bien tendues et les pieds pointés.

Oui, mais bon, les résultats me diriez-vous ? Quels en sont les résultats ?

Et bien les résultats, chères lectrices, chers lecteurs, sont tangibles et palpables, dixit mon mari et son protocole scientifique d’évaluation fessométrique (que l’on appelle, plus prosaïquement, la main au cul) : oui, la nage palmée, même à dose modérée, même accrochée au bord du bassin comme la moule sur son rocher, affermit rapidement le fessier et transforme, à peu de choses près, n’importe quelle banlieusarde quarantenaire en sculpturale brésilienne de 18 ans. Et cerise sur le gâteau, cela vous ressangle le bidon, même si vos abdos ressemblaient à l’élastique de votre plus vieille culotte.

Comme quoi, ça valait le coup de se farcir cet article jusqu’au bout.

PLOUF !

 

 

 

 

Publicités

20 commentaires sur “La nageuse de la ligne 8

Ajouter un commentaire

  1. Je crois que google se fou de la g… des quarantenaires. J ai tapé comme toi au comble si désespoir aussi et il m est sorti…. marche scandinave. Du coup je fais de la marche scandinave à oman sous un minimum de 40 degrés. Depuis que je t ai lu je me sentirai moins seule 😂

    Aimé par 1 personne

  2. Mouahahaha! Je me suis tellement reconnue dans ta description du costume de nageuse (je vais exprès dans une piscine trèèèèèèès loin de chez moi, pour être sûre de ne croiser personne que je connaisse, si tant est qu’on puisse me reconnaître avec mon look de manchot à tête de mouche), et aussi dans les description des acolytes (la palme aux chenilles qui tentent de faire le papillon et manquent de vider le bassin à chaque retombée de bras), et enfin dans les RESULTATS car vois-tu, encore un point commun, je suis une adepte farouche des palmes (mais je nage quand-même). J’en ai tout de même conclu quelque chose: entre le look dans l’eau et le look hors de l’eau, c’est sûr, c’est pas à la piscine que nos fessiers nouvellement rebondis risquent d’attirer des mâles musclés.
    MERCI pour cet article, j’ai voulu plusieurs fois en écrire un sur le sujet, tu l’as merveilleusement fait!

    Aimé par 1 personne

  3. Haha! J’ai adoré cet article, grande folle! Tu parles à une meuf qui a fait plusieurs années de natation mais qui n’en fait plus du tout (adopteunefeignasse.com). Je trouve ce sport super à tous les niveaux, mais la logistique est souvent contraignante, du coup, je préfère la course à pieds, plus pratique je trouve. J’espère que tu as réussi à surmonter cette crise (je veux bien quelques conseils car j’y viens à grands pas!)

    Aimé par 1 personne

    1. Je me disais bien qu’il y avait un secret derrière ce postérieur moulé dans un jean Sézane… Pour moi vois-tu, la course à pieds se situe juste avant se faire fouetter par mon mari, autant dire que je ne suis pas prête de m’y mettre ! Pour ce qui est de la crise de la quarantaine, vu que tu as survécu à deux accouchements ultra-gore, je crois que surmonteras cela avec une aisance déconcertante.

      J'aime

  4. « la nage palmée, […] transforme, à peu de choses près, n’importe quelle banlieusarde quarantenaire en sculpturale brésilienne de 18 ans. »
    Aurais donc tu tellement changé ? Dans mes souvenirs, tu étais plus proche de « sculpturale » que de « quarantenaire » !
    Bisous.

    Aimé par 1 personne

      1. Je passe plus de temps les fesses sur un transat que les pieds sur une planche de surf. Imagine maintenant les tablettes de chocolats que tu as cachées sur le rayon le plus élevé du placard le plus haut et que tes enfants n’ont pas encore réussi à pirater. Fais-les fondre doucement au bain-marie. Regarde le résultat et dis-toi que mes tablettes de chocolat ressemblent exactement à ça :-p

        Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :