Le plus délicieux des petits lapins

Non, il ne s’agit pas d’une énième recette du lapin à la moutarde.

Il s’agit de mon fils dernier-né, le terrible Lapin.

Lapin a des joues dodues, des petites dents de perle, des grands yeux sombres malicieux, des mimiques adorables et porte encore fièrement sa petite bedaine de bébé. Bref, il est craquant.

Mais Lapin est également un sacré filou, doté d’un caractère très affirmé. Il me regardait déjà avec autorité à la maternité, et manifestait clairement que sa volonté, fût-elle vieille de 48 heures seulement, ne souffrait pas d’être contestée.

Lapin est haut comme trois pommes d’api, mais il peut hurler comme un grizzli s’il n’est pas content, et il fait presque aussi peur. A la crèche, Lapin est le plus jeune et le plus minuscule de son groupe, mais personne ne vient lui chercher des noises, car Lapin est le roi de la castagne.

Pendant la célébration de Pâques, Lapin, hypnotisé par la flamme, souffle son cierge environ 79 fois. il faut le rallumer 79 fois également. Mais le lendemain, l’effet lénifiant de la contemplation du feu s’est dissipé. Lapin est pris d’une crise de folie après la chasse aux œufs. Comme possédé, il se met à poursuivre ses frères et sœur, faisant tournoyer son sachet d’œufs en chocolat tel une masse d’armes, leur matraquant la tête avec acharnement, pendant que nous crions « Amok, amok! » en courant dans le salon.*

Lapin chantonne de sa petite voix aigüe, toujours très juste, toutes les chansons qu’il connaît. Il nous régale de medleys personnalisés ce qui donne, en accéléré : « La boulangère a du bon tabac et le père Lustucru lui a répondu les lauriers sont coupés, amen ». Parfois, je me demande si Lapin n’est pas le fils caché d’Alvin le Chipmunk et d’une balle rebondissante.

Lapin est le roi des farfouilleurs. Il lui arrive d’enluminer le couvercle des toilettes avec les crayons à paupière qu’il a trouvés dans ma trousse à maquillage. Bloquée sous la douche, du shampoing plein la tête, je hurle « non, non ! » tandis qu’il me regarde en souriant et poursuit avec impertinence et sérénité ses expériences illicites.

Lapin est un tragédien-né qui hurle, sanglote et se contorsionne à chaque fois qu’il faut lui couper les ongles, lui laver le nez ou les dents; Et qui ne mange sa purée qu’avec des haut-le-cœur factices, histoire de bien me montrer que ma cuisine est dégueu.

Lapin est un scientifique en herbe, qui teste l’effet de l’accumulation du papier hygiénique sur les capacités de vidange d’un siphon, ou débobine le rouleau de sacs poubelle afin de métrer la distance qui sépare le salon de sa chambre.

Lapin est un petit casse-pieds, qui détruit le puzzle patiemment construit par Chaton, marche dans les scènes playmobils élaborées avec soin, vide les rayonnages de la bibliothèque, sort toutes les casseroles des tiroirs de la cuisine, et fait valdinguer les piles de linge que je m’apprête à ranger. Arsène Lupin en couches-culottes, il cambriole les tiroirs secrets de Poupette et Loulou, explore avec délices le contenu de leurs tables de chevet et dissimule ses menus larcins dans des cachettes improbables.

Lapin est un acrobate, qui pousse sa chaise tout seul pour monter sur le plan de travail de la cuisine et aller dénicher les chocolats dans le placard à provisions. Au passage il s’initie à l’art délicat du maniement des couteaux.

Lapin a l’âme d’un mécanicien et ne jure que par les avions, les motos, les voitures, les bus, les tracteurs, les grues, les scooters, les camions-poubelle, les tractopelles et les hélicoptères.

Lapin invente toujours de nouvelles bêtises, qui m’énervent beaucoup dans l’instant, mais me feront plus tard de merveilleux souvenirs, quand nous nous raconterons en pouffant : « Tu te souviens quand… »

Lapin rit aux éclats quand je fais PFFFFRR dans sou cou, et il crie : « Encore ! » Quand je le tiens dans mes bras, il chantonne en me regardant, et, la tête posée sur mon épaule, me tapote gentiment les joues ou me fourre ses petits doigts sales dans les yeux.

Lapin est mon petit dernier, mon gros bébé câlin, et c’est le plus délicieux et le plus charmant de tous les petits lapins.

 

*En profiter pour relire « Amok », de Stefan Zweig, ça fait toujours du bien par où ça passe. Non, ça n’a rien à voir, et alors ?

 

 

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10 commentaires sur “Le plus délicieux des petits lapins

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  1. Que voilà une description assez fidèle de mes innombrables neveux et nièces ! Pour ma part, je n’ai pas d’enfant (sauf si on compte les deux adorables filles de mon adorable chérie), mais j’ai trois chats. C’est sympa aussi !

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