Roi et Reines

Hier soir, buvant une tisane détox afin de purifier mon organisme des excès festifs, je savourais les dernières papillotes en chocolat, planquées par mes soins tout au fond du placard de la cuisine. Non pas pour m’empiffrer égoïstement, mais parce qu’il ne faut pas gâcher, et pour préserver la santé bucco-dentaire de ma descendance. Enfin je crois. Que celle qui n’a jamais mangé des bonbons en cachette de ses enfants, ou ne leur a jamais dit les yeux dans les yeux à la Cahuzac, et la bouche pleine, « Je chais pas qui a mangé kes Chmarties mon chéri, kon frère peut-être ? », me jette la première pierre.

Bon, et puis dimanche dernier, je suis déjà allée au bout du sacrifice que l’on peut attendre d’une mère : À peine avais-je entamé ma part de galette, que j’aperçus la bouille du petit Jésus de porcelaine, au bord de ma cuillère, sous la pâte dorée, douillettement tapissée de compote de pommes (oui, chez nous, la galette 2018 est aux pommes).

          « Ah ! mon chéri, dis-moi, il faudrait regarder si tu n’as pas une couronne, pour celui ou celle qui aura la fève, dans tes déguisements ? »

Mon petit chaton leva les yeux de sa part qu’il commençait à massacrer, acquiesça et glissa de sa chaise. Puis se ravisant, il revint vers moi et me dit : « mais z’ai pas de couronne ! »

          « Ce n’est pas grave » répondis-je, « peut-être un bicorne de pirate, un casque de chevalier, un chapeau de cow-boy ? Cela fera l’affaire. »

Et pendant qu’il partait chercher un couvre-chef suffisamment royal, je transférais prestement la fève, ni vue, ni connue, dans sa part de galette.

Il revint, haussant les épaules d’un air un peu dépité : « Z’ai pas trouvé ! »

Réinstallé devant sa part de galette, il recommença son autopsie pâtissière, chassant à grands coups de cuillère la compote à l’extérieur de la pâte. Le petit Jésus sortait peu à peu la tête, puis fut carrément expulsé, encore tout gluant de compote (tiens, ça me rappelle quelque chose).

          « Oooooh ! » dit-il, tandis qu’un sourire s’élargissait sur son visage et qu’il ouvrait de grands yeux surpris. « Z’ai la fèèèèèèèèèèève, regarde Maman, c’est moi qui ai la fèèèèève ! »

Ben ouais mon pote, je suis au courant que c’est toi qui as la fève. À ton avis, elle est arrivée là quand et comment ?

Non, bien sûr, je n’ai pas dit cela. J’ai souri avec amour, et je lui ai répondu :

          « Oh, bravo mon chéri, c’est super ! c’est toi le roi alors ! qui vas-tu choisir comme reine ? »

Il m’a souri, je lui ai souri, il m’a souri, il s’est tourné vers sa sœur et lui a dit : « c’est toi la reine ! »

Alors si vous pensez vraiment que je ne vais pas m’empiffrer de TOUTES les papillotes que je trouve, vous vous trompez. Je vais même reprendre plusieurs carreaux de cet excellent chocolat blanc à la noix de coco bio, qu’il voulait offrir à ses camarades à la rentrée.

Et je dirai que c’est sa sœur qui l’a mangé.

 

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4 commentaires sur “Roi et Reines

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  1. Aahhahaha… quels ingrats !
    Ceci dit, j’ai très bêtement compris la tradition d’envoyer le plus petit sous la table lorsque j’ai eu des enfants… j’ai réalisé qu’en fait on faisait ça pour pouvoir lui DONNER la fève… (et j’ai par le même coup réalisé que toutes ces fèves gagnées dans mon enfance n’étaient pas dues à une chance phénoménale et constante !)

    Aimé par 1 personne

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