L’héroïsme inutile

Âmes sensibles, hommes délicats, primipares sur le point d’accoucher, abstenez-vous de lire ces lignes, et tremblez… Bon, tant pis, je vous aurai prévenus. Vous allez lire un récit extrêmement gore.

Car nous allons parler d’accouchement. Et plus précisément, d’accouchement sans péridurale, comme ça, à froid, à l’ancienne, à la dure.

J’ai pensé à ce croustillant sujet en voyant le questionnaire partagé par ma super sage-femme, que j’ai transmis à mes connaissances ayant subi, comme moi, les rites initiatiques de la maternité.

Je passe sur mes deux premiers accouchements, idylliques, périduralés juste ce qu’il faut pour me vanter ensuite « Oui, les contractions, ça fait mal quand même » lors de mes conversations avec mes copines : c’était de la roupie de sansonnet comme dirait ma mère (oui, elle a de jolies expressions ornithologiques). Mon maquillage n’avait pas bougé, et en dehors – si je puis me permettre –  de la sensation étrange d’avoir reçu les hommages d’un régiment entier de légionnaires, j’étais fraîche comme la rose au soleil du matin.

Non, je parle du troisième accouchement, celui censé passer comme une lettre à la poste. Parce que là, c’était plutôt comme un carton de déménagement qui passerait au fax. Voyez-vous ?

En fait, voilà le problème : j’ai voulu crâner. Je m’étais dit « bon, les deux premiers, trop fastoche. Essayons un challenge un poil plus ardu : testons l’accouchement sans péridurale ! ma mère, mes grands-mères et mes aïeules, depuis Neandertal, ont accouché sans péridurale, que diantre ! Serai-je une poule mouillée ? Mettons un peu de fun dans ma vie ! »

Et hop, 6 jours avant le terme, avec des contractions régulières depuis 2 heures environ, nous partîmes tranquillou à la maternité. Un peu déçue de n’être qu’à 2.5 cm à mon arrivée, je passais le temps en arpentant les couloirs. Puis vint le premier monitoring– non Madame, ce n’est pas encore pour tout de suite. Bon. Je patiente.

Quelque temps plus tard, deuxième monitoring, et là, avec un gentil sourire, la sage-femme me demande si je souhaite une péridurale ?  Heu, oui, en fait, tout bien réfléchi, j’ai reconsidéré ma position initiale, c’est un peu dommage, mais pourquoi pas, il est vrai que cela commence à piquer un peu. Allez, zou, on y va ! En route pour la salle de naissance.

Et là, le cauchemar commence…

L’anesthésiste et son infirmière-anesthésiste ont mis 3 plombes à arriver ; l’infirmière semblait assez fatiguée, ce qui peut se comprendre à 5h30 du matin (Et en plus, elle avait mauvaise haleine ! bouh ! je vous avais prévenus que c’était un article gore), elle était désagréable et passait son temps à me dire « Faites le dos rond Madame, et ne bougez pas ! » Ben voyons ! Je voudrais bien t’y voir, rester immobile quand tu as l’impression de te faire poignarder le ventre.

Bref, après 45 minutes d’attente, la péridurale était posée, sauf que, sauf que… C’était trop taaaaaard !!!! Hé ouiiiiii ! Désolée Madame, vous êtes à 9 cm ! et crac, elles ont coupé la péridurale 😵.

Mon chéri, derrière la porte, m’entendait depuis quelques instants crier avec délicatesse. Il est rentré à ce moment, et m’a tendu une main secourable et compatissante, que j’aurais broyée avec plaisir et déchiquetée à belles dents comme une hyène enragée, si je n’avais été trop occupée à hurler en me tortillant de douleur. Un temps indéterminé s’est écoulé, puis d’un seul coup, j’ai entendu un « PPPPPPAAAAAAAAAAAF ! » et la poche des eaux a explosé comme une baudruche (NDLR : j’ai appris plus tard qu’il était à ce moment 6h39). Dans la foulée, un char d’assaut miniature m’a écrasé méthodiquement la totalité des mes organes, et mon foie, mes intestins, mes reins et mon estomac ont été arrachés hors de moi par une main de fer (Enfin c’est l’impression que j’ai eue). Pendant que je me liquéfiais totalement, que je pensais mourir, que mon cœur allait lâcher tellement je souffrais, et que jamais cette torture ne s’arrêterait, quelqu’un m’a dit (D’un seul coup il m’a semblé qu’il y avait plein de monde, j’ai dû rameuter tout l’hôpital avec mes hurlements) « Ne poussez plus, ne poussez plus ! il arrive ! »

Mais je pousse pas, moi,

IL SE POUSSE TOUT SEUL,

TU COMPRENDS CA,  CONNASSE ?

Et d’un seul coup, roulements de tambours : le bébé est né, et c’était enfin terminé (NDLR : j’ai appris plus tard qu’il était 6h41). Tout mignon, et avec pas du tout une gueule de char d’assaut, curieusement. Tous mes organes ont repris leur place initiale, miraculeusement, et je n’avais plus mal, comme si j’avais avalé un grand bol de Nesquik® avec un supplément XXL de chantilly à la morphine.

L’anesthésiste est partie en me disant : « Je suis vraiment désolée, Madame » et je lui ai sottement répondu  « Oh, ce n’est pas grave ! » avec un grand sourire béat, mon petit bébé sur le cœur😍.

Il n’empêche, cette expérience m’a fait passer l’envie d’accoucher sans péridurale à tout jamais (voire d’accoucher à tout jamais).  Aussi, quel besoin de frimer pour pouvoir se la péter plus tard, à la machine à café, qu’on a accouché sans péridurale :

 « Si si, c’était gérable,  j’t’assuuuuure, et tellement plus dans le respect de mon corps et de sa physiologie » 

En vrai, c’est dingue ce que ça fait mal ! Juste atrocement, terriblement, horriblement mal. Vous voyez les contractions très très douloureuses, quand vous vous dites que c’est trop dur et que vous allez demander la péridurale ? Bon, hé bien c’est peanuts par rapport à la suite.  J’aurais au moins appris de cette expérience que les capacités de souffrance du corps humain sont totalement PHE-NO-ME-NALES. Mais j’avoue que j’en serais volontiers restée à la théorie.

Maintenant quand je regarde, rêveuse / incrédule / admirative, des vidéos d’accouchement à domicile, où la future maman respire juste un peu plus fort et a les traits un peu crispés, je me demande toujours si ce n’est pas un trucage ? Si elles sont en plastique ? Si elles se sont droguées avec des mélanges de plantes aborigènes ? Si elles ont avalé un petit cocktail Xanax-Prozac-Tramadol-Rohypnol ? ou si c’est moi qui suis mal foutue ?

Conseil d’amie : la prochaine fois que vous accouchez, surtout pour un 2e, 3e…, n’attendez pas trop pour vous faire poser la péridurale. Et fuyez les pays barbares où l’on ne fait pas de péridurales dites « de confort » (c’est forcément un homme qui a inventé ce terme stupide ! ) parce que sinon, vous allez comprendre, dans sa vérité la plus crue et la plus entière, dans tous les sens et sous tous les angles, le concept de « tu accoucheras dans la douleur ». Et deux minutes de douleur, c’est vachement plus long que deux minutes de Nutella.

PS1 : S’il y a des témoignages de super-héroïnes ou de robotes ayant vécu cette expérience sans sensation désagréable, je veux bien les lire ci-dessous, avec respect et émotion.

PS2 : J’espère que ce récit n’aura pas d’impact sur la natalité en 2018.

PS3 : ouf, je me sens mieux d’avoir déballé tout ça.

 

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7 commentaires sur “L’héroïsme inutile

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  1. J’ai fait la même pour mon 3ème…. Pour le 1er j’ai eu 31 heures de contractions toutes les 3 à 5 minutes, pas de la petite contraction, celle qui fait faire de belle montagne à 60 ou 80 sur le monitoring, j’ai cru mourir…. de douleurs d’puisement, comme prise au piège d’une tenaille qui n’allait jamais finir….La péridurale n’&étais pas encore proposée (au fin fond de la France profonde)
    Pour le 2 nd j’ai pris la péridurale…c’était tout nouveau et controversé, mais pour moi le seul moyen d’avoir le courage de récidiver…… ça a été long a arriver à 2,5 cm et à l’avoir et ça a été long après avec la péridurale (6h)
    la 3ème donc j’ai fait mon coup de brave….j’ai souffert « seulement » 7h… la 4ème on a pas eu le temps de poser la péridurale… 3h à peine…. « presque pas le temps d’avoir mal. ..vous êtes trop avancée madame » ben voyons….
    Quand je me suis retrouvée pour la 5ème fois sur la table d’accouchement…. je me suis insultée de tous les noms en hurlant intérieurement « espèce d’imbécile, t’es pas fichu de te rappeler à quel point ça fait mal ?????? Qu’est-ce que tu fous encore là???? !!!!!  »

    J’ai fait promettre à mon conjoint qu’il n’y en aurais plus d’autre….et un problème de santé m’a offert une ligature des trompes à 29 ans ! Ouf ! (je ne les ai pas tous décidé même si j’ai été heureuse d’en avoir 5 une fois passé les souvenirs des accouchements….)
    Donc oui je confirme…. les accouchements.. ça n’a pas son équivalent en terme de douleurs….non non non …….

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    1. Félicitations Nicole, tu es la première à commenter sur ce blog, ça se fête !

      Oui quand j’ai accouché de ce petit troisième, j’ai longuement pensé à toutes les femmes qui ont accouché auparavant sans aucune analgésie péridurale, et à tout ce qu’elles ont enduré. Comme tu le soulignes, malgré la douleur endurée on « oublie » après l’accouchement. Ou du moins le corps ne garde pas de mémoire douloureuse. La nature a bien prévu son coup.

      Là où le problème se pose également c’est si la douleur est telle que le lien mère-enfant en est affecté et que la relation a du mal à se faire, tant elle est marquée par la souffrance. Je pense qu’une femme peut en vouloir à son enfant, ou lui faire payer inconsciemment la souffrance subie à sa naissance. Donc en effet la péridurale est une bénédiction, et moi qui était très contre au départ, je suis très pour 🙂

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  2. Du coup, je te réponds directement ici ! Je fais partie de ces femmes qui accouchent sans péri… et sans crier ! 😉 Ce n’est pas tellement que je suis plus zen (nope nope nope !) ou plus concentrée, c’est juste que je n’ai pas besoin de crier pour exprimer ma douleur. Je préfère justement me renfermer sur moi-même et « contenir » la douleur à l’intérieur 🙂
    Mais oui, cela fait horriblement mal… Et vraiment, je ne saurais pas quoi faire si je devais avoir un autre enfant…

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  3. C’est tellement comme ça que je l’ai vécu. Comme une souffrance inutile (au 3ème aussi). J’ai cru crever avant, pendant et après. Moi j’ai pas souri hein. J’ai pleuré 24 heures non stop après. Traumatisée d’avoir tant souffert. Moi aussi j’ai été bouleversée du point culminant que peut atteindre la douleur physique humaine.

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    1. ton comm est tellement horrible qu’il est passé tout seul dans les spams ! tu te rends compte ?
      Sérieusement, ma pauvre :-(( J’ai eu la chance de ne plus souffrir du tout dès le bébé sorti, mais je comprends que l’on en soit durablement traumatisée, c’est tellement loin de l’image d’Epinal de l’accouchement, et tellement inattendu à notre époque. Moi c’est plutôt mon mari qui a été traumatisé.

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      1. Mon mari aussi en a pris un coup 😅
        Et je pense que les extraterrestres que tu décris ont une chose que je n’avais pas DU TOUT: la préparation psychologique. J’avais tellement peur que ça a décuplé ma douleur, j’en suis certaine. Mais bon. Elles ont pas l’air faites de la même pâte que nous quand-même 😂

        Aimé par 1 personne

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